Les toilettes à l’école, ça pue, ça glisse !

 

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27/11/2017
Article issu de « Alter Echos »

Depuis 2013, plus de cent écoles ont reçu le soutien du fonds Byx pour rénover leurs sanitaires, en concertation avec les élèves. Ce fonds, géré par la Fondation Roi Baudouin, va se voir considérablement renforcé à la suite d’une décision de la ministre de l’Éducation. L’occasion d’explorer ce sujet tabou, souvent synonyme de malaise chez les élèves.

Les toilettes à l’école, c’est une affaire compliquée. Houda, 11 ans et élève à l’école fondamentale Sainte-Marie, peut en témoigner: «Des élèves jettent de l’eau par terre, ça glisse, je n’ai plus envie d’y aller, je préfère attendre d’être chez moi.» Idem pour Zakaria: «Moi non plus je ne m’y sens pas bien. Avant il n’y avait pas de plaques entre les urinoirs, maintenant il y en a, c’est un peu mieux.»

Les toilettes, pour certains élèves, sont synonymes de stress. Dans cette école de Saint-Gilles, les élèves de maternelle ont vu leur situation s’améliorer grâce aux quelques milliers d’euros déboursés dans le cadre d’un appel à projets. Cette manne financière a permis d’installer de nouvelles infrastructures.

L’appel à projets a été lancé par le fonds Byx, centré sur la promotion de la santé à l’école et géré par la Fondation Roi Baudouin. «L’objectif, au départ, en 2013, était de travailler sur l’utilisation de l’eau. Après consultation d’élèves, de pouvoirs organisateurs, d’enseignants, de parents, il s’est avéré que les toilettes étaient leur priorité numéro un à tous», explique Yves Dario, coordinateur de projets à la Fondation Roi Baudouin.

«Il existe des problèmes d’accès, d’intimité. Et parfois les toilettes sont des zones de non-droit, et même de harcèlement.», Bernadette Taeymans, asbl «Question Santé»

La Fondation s’est alors associée à une asbl, «Question Santé», chargée de réaliser un état des lieux de la situation, d’élaborer des outils pédagogiques et de lancer une campagne de sensibilisation intitulée «Ne tournons pas autour du pot!». Selon Bernadette Taeymans, directrice de l’asbl «Question Santé», le plus difficile a été de «lever le tabou, car le sujet n’est pas très attirant a priori, et beaucoup pensaient qu’on ne pouvait rien faire; il règne une sorte de défaitisme au sujet des toilettes».

Et pourtant, les enfants interpellent vite l’association au sujet de leur mal-être. «Souvent, ils n’osent pas aller aux toilettes, ils disent que ça pue, que ça glisse, que ce n’est pas propre,ajoute Bernadette Taeymans. Mais il existe aussi des problèmes d’accès, d’intimité. Et parfois les toilettes sont des zones de non-droit, et même de harcèlement.» Cette réalité, parfois mal vécue par les élèves, peut avoir des impacts physiques (comme des infections urinaires) et des effets néfastes sur le bien-être à l’école et sur la concentration.

Renforcement important du fonds Byx

Depuis 2013, le fonds Byx a permis, via trois appels à projets, de soutenir une centaine d’écoles dans leur volonté de s’attaquer au problème des sanitaires. L’argent – 5.000 euros au maximum – sert évidemment à rénover les lieux, «mais cet aspect technique ne suffit pas,ajoute Bernadette Taeymans. Il est nécessaire d’impliquer les enfants, de leur demander ce qui ne va pas, ce qui peut être amélioré». Enfin, la rénovation s’accompagne d’une réflexion plus large sur l’organisation de l’école et l’accès aux toilettes, le respect du lieu, le respect des règles et, surtout, le respect des autres.

Le 16 novembre, la Fondation Roi Baudouin organisait une conférence de presse pour mettre en exergue cette problématique. De nouvelles écoles pourront accéder au fonds Byx. Ce dernier va être renforcé. La ministre de l’Éducation, Marie-Martine Schyns, a annoncé qu’elle dégagerait des budgets importants à cette fin (166.000 euros en 2016, 330.000 en 2017 et 500.000 en 2018). «Au-delà de la vétusté des sanitaires, de l’approvisionnement en papier toilette, en savon, se pose aussi la question du respect de soi, des autres, et donc, c’est aussi la question du vivre-ensemble qui est en jeu», a-t-elle affirmé. Toutes les écoles peuvent faire appel à ce fonds. Qu’elles soient situées dans des quartiers riches, pauvres, urbains ou ruraux. «Mais nous avons toujours une attention particulière pour les écoles qui ont moins de moyens», ajoute Véronique Tellier, membre du comité de gestion du fonds.

Et patati
Et patata

Si nous respections les enfants dans les milieux où ils sont scolarisés, ils rentreraient dans des dispositions d’esprit différentes.

Délégué général aux Droits de l’Enfant