Les élèves s’activent pour faire avancer les travaux.

La bataille des toilettes

Leur école donne sur un paysage prestigieux: le château de Bouillon. A l’Athénée Royal BouillonPaliseul, les élèves insistent pour faire entrer leurs toilettes dans les normes du 21ème siècle. Sans se décourager.

Ils sont 3 garçons, tous élèves de 4ème de l’Athénée Royal de Bouillon. Voilà des mois et des mois qu’au sein du Conseil des élèves, avec les autres délégués, ils « mouillent le maillot » pour faire avancer les travaux destinés à modifier les sanitaires de leur établissement. Encouragés et soutenus par Annick Boidron, leur professeur de morale et responsable des délégués, ils ont déjà obtenu un certain nombre d’améliorations. Mais pas assez, disent-ils.

En fait, face au coût des travaux à mener, leur établissement a fait appel au Service général des infrastructures scolaires. Le dossier a bel et bien été retenu. Les jeunes ont même rencontré l’architecte, et il a promis de les faire participer aux réunions de chantier… Seulement voilà: depuis lors, comme Godot, ils attendent « les gros travaux », un brin déçus, sans doute, de ne recevoir aucune nouvelle et de voir le temps passer. Mais, Lucas, Léo, Baptiste et tous les autres ne lâcheront pas. Parole de Bouillonnais.

Ici, c’est mixte

Des toilettes mixtes se trouvent juste à côté du réfectoire. Pour aller manger, on passe devant. Du couloir, il n’est pas si difficile d’observer le dos de garçons face aux urinoirs : certaines vitres ne sont pas occultées. En gentlemen (un mot à féminiser, car les filles font de même), les jeunes qui passent tournent la tête dans le sens opposé des toilettes ou gardent leur regard fixé sur l’avant, presque comme par réflexe…

L’un des 5 urinoirs, celui le plus proche des toilettes fermées, ne sert jamais, « si jamais des filles entrent », expliquent les garçons. « On aurait bien voulu du plastique pour occulter les vitres qui donnent sur le couloir », précisent-ils aussi. Pourtant, dans ces toilettes, des améliorations ont déjà été apportées, avec des séparations entre les urinoirs. Malgré tout, ils restent conscients de l’absence d’intimité des lieux. « Ici, c’est malaisant », invente et lance joliment l’un d’entre eux. Dans les plans concoctés par le Conseil des élèves, un autre local, situé à côté, sera réservé aux filles. Une libération pour les élèves! D’autres toilettes – non mixtes, cette fois – se trouvent au rez-de-chaussée, dans une cour d’école donnant sur un paysage hors norme : en face, du haut de son rocher, par dessus la Semois, se dresse le fameux château.

Les élèves mettent la main à la pâte

Ici, dans les toilettes pour garçons, une toute autre histoire s’est jouée: cette année, des changements ont déjà été apportés par l’établissement et par les jeunes. Certains des élèves d’Annick Boidron ont mis la main à la pâte. Ils ont fait avancer tout ce qu’ils pouvaient, y compris au niveau de la peinture, avant de laisser les ouvriers de l’école réaliser le reste du travail.

 

 

Ainsi, par exemple, les portes des toilettes ont été rénovées par les élèves. Désormais – et sur l’une de leurs idées -, elles comportent un espace central avec un recouvrement qui les transforme en tableau noir. Chaque porte est agrémentée d’une phrase. Trouvée sur Internet par les jeunes ou bien inventée par eux, elle a été ratifiée par l’ensemble des élèves (filles comprises) avant d’être sélectionnée par un Préfet pour le moins bienveillant.

 

Ainsi, on trouve un « Montrez que vous êtes des hommes, visez juste », un « Sois fier de ton trône », un « Rapproche-toi ! Elle est plus courte que tu ne le penses », ou même un « Fais dur, fais mou, mais surtout fais dans le trou ». Des smiley accompagnent ces messages explicites. « On a mené ce projet, et on veut que les autres le respectent. Si on voit un problème, on le dit: on a déjà fait ramasser des poubelles renversées par les petits ou fait cesser des batailles de boulettes par les plus grands », soulignent les élèves.

Une douche, un jour…

Dans la pièce suivante, celle des douches, on comprend mieux encore pour quelles raisons les jeunes Bouillonnais continuent leur combat pour une meilleure hygiène. Inutilisés, les box de douches, aux murs parfois branlants ou effrités, gardent des traces permanentes peu engageantes. L’ensemble de la pièce est glauque, et c’est peu de le dire. « Nous avons fait un marché avec le prof de gym, expliquent les jeunes. Pour récompenser notre engagement dans ce projet de rénovation et de sensibilisation, lorsque tout aura été refait, y compris avec une cloison de séparation pour les filles, il laissera à tous les élèves quelques minutes à la fin du cours pour prendre une douche ».

En attendant que les adultes tiennent toutes leurs promesses, Léo, Lucas, Baptiste et les autres mènent plein d’autres projets au sein du Conseil des élèves. En ce qui concerne les sanitaires, ils ont fait avancer tout ce qui pouvait l’être et ont appris à argumenter pour présenter leurs demandes. Stratèges, ils glissent à qui veut bien l’entendre que l’état des douches nuit à l’image de l’école, par exemple lors des journées portes ouvertes…

Régulièrement, ils informent leurs camarades de l’avancement des choses ou de leur persévérance pour qu’elles progressent. Ils bénéficient du soutien de certains professeurs. Néanmoins, pour ces adolescents, le temps « d’inertie » entre les travaux dont ils rêvent et leur réalisation semble long… Alors, ils croisent les doigts pour que tout débute durant l’été. Ou au moins, disent-ils en riant jaune, avant qu’ils ne quittent l’école, leur rhéto achevée…

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Et patati
Et patata

Je suis fier « d’offrir » aux enfants des toilettes correctes, en sachant qu’ils ont eu leur mot à dire (prendre des responsabilités, faire des choix, argumenter…).

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