La gestion des sanitaires passe par un rituel collectif.

La propreté des toilettes, une question de rituel

En «automatisant» certains gestes autour de l’entretien des toilettes, l’Institut Médicopédagogique René Thône de Marcinelle a souhaité insuffler un comportement responsable auprès de ses jeunes et favoriser leur autonomie.

L’institut Médico-pédagogique René Thône est une école spécialisée qui accueille 170 jeunes de 12 à 21 ans, présentant un handicap mental modéré à sévère. Des méthodes pédagogiques et thérapeutiques adaptées au handicap permettent aux jeunes de développer leur autonomie ainsi que leurs capacités d’expression, d’adaptation et d’intégration. La finalité est l’insertion dans la société, dans un milieu de vie et de travail adapté ou traditionnel. Le projet «toilettes» est une parfaite illustration des méthodes mises en place par l’école.

Un protocole collectif pour la gestion journalière des toilettes

Nous pénétrons dans le bâtiment. Partout, dans les classes et en dehors, les élèves s’activent. Au centre de l’établissement, une grande partie des jeunes s’est réunie pour chanter et danser. Ils répètent pour un concours de chant, réservé à des personnes porteurs d’un handicap. Les mines sont réjouies et les paroles qu’on nous adresse, d’une politesse infinie.

C’est au détour d’un couloir que nous rencontrons Mme Haumont, professeur d’économie domestique, initiatrice du projet autour des toilettes. Accompagnée de sa classe du moment, elle nous montre le rituel qu’elle a mis en place dans les sanitaires.

«Chaque jour, nous impliquons les élèves dans un entretien des toilettes avant, pendant et après la récréation», explique-t-elle. A tour de rôle, les élèves changent les essuies, mettent en marche un lave-linge avec les essuies sales, remplissent les ‘poussemousse’ ou remettent du papier toilette là où il en manque. Par la suite, un autre élève viendra attester de la réalisation de toutes ces tâches. «On leur demande, après chaque vérification, de signer une feuille de route, affichée à la porte d’entrée des sanitaires. Des commentaires peuvent également y être apposés». Il n’aura fallu que 4 semaines de démonstration pour installer ce rituel. «Et maintenant, c’est un vrai plaisir pour eux de réaliser le travail»

Autonomie et responsabilisation à tous les étages

Par ces gestes répétés avec minutie, Mme Haumont et les autres enseignants cherchent à responsabiliser les élèves. «Le fait de leur demander de signer un papier de leur nom donne énormément de valeur à ce qu’ils font», explique l’enseignante qui déborde d’enthousiasme. Pendant que nous discutons, aux abords des toilettes, un groupe d’élèves se masse contre la porte où est affiché le planning des tâches.

Un élève n’aurait pas accompli sa mission du jour. «Cela arrive quelques fois. C’est souvent un oubli. Mais vous remarquez que ça leur tient à cœur !», sourit Mme Haumont. Et elle a de quoi être heureuse, au vu de l’implication des jeunes dans ce projet et du respect du travail accompli. «À partir du moment où ce sont eux qui se lancent dans l’entretien, ils deviennent plus respectueux».

À voir l’agitation autour des toilettes, nous nous demandons combien de personnes sont impliquées dans le projet. «Toutes, sans exception», nous lance Mme Haumont, pleine de fierté. «La direction est entièrement derrière nous. Toutes les sections et toutes les classes participent, à tour de rôle, à la réalisation des tâches». Les élèves prennent également en charge les demandes de rouleaux de papier ou de produits d’entretien, qu’ils envoient directement à l’économat. Puis ils s’empressent d’aller réceptionner le matériel et de le répartir dans les toilettes.

Une implication de A à Z des élèves

Les élèves ont également été à l’initiative du projet puisque certains déploraient le non-respect des lieux. Un processus pédagogique a alors été mis en place, axé sur une prise de conscience des élèves face à l’hygiène de soi, des autres et des lieux, aux problèmes de surconsommation de l’eau, du papier, du savon…

Au départ, les élèves ont pu exprimer leurs demandes par des mots, des gestes, des dessins, pour faire évoluer leur environnement de manière positive. Ils ont participé à une enquête menée dans toutes les classes par les délégués. «Nous souhaitions savoir ce que chaque élève voulait améliorer concernant, par exemple, l’intimité, les odeurs ou encore le manque de ‘pousse-mousse’ dans les toilettes».

Aujourd’hui, chacun (direction, éducateurs, enseignants, élèves…) participe, à son niveau, au projet. Des réunions sont organisées régulièrement entre l’équipe éducative et les jeunes pour évaluer l’avancement du projet et, au besoin, l’ajuster. Quoi qu’il en soit, «Tout ce qui est mis en place semble tellement motivant pour les élèves que ce projet ne peut que se pérenniser».

Et patati
Et patata

On leur apprend à lire, à compter. On peut aussi accompagner les enfants aux toilettes. On peut leur apprendre à respecter, à se respecter.

Sophie Liebman