Un projet pour lequel les délégués se sentent écoutés

D’élèves à élèves, ça marche mieux…

A l’Institut Saint-Michel de Neufchâteau, les fenêtres arrière donnent sur une belle vallée verdoyante. Elle s’étend juste derrière une tour médiévale (la tour Griffon), vestige de l’enceinte du château. Un cadre idyllique ? Sans doute. Mais, pour repenser les sanitaires, les élèves n’ont pas joué les touristes…

Emma, élève de rhéto à l’Institut Saint-Michel de Neufchâteau, ne le cache pas: au début, elle s’est vraiment demandé ce qu’on voulait d’elle avec ce projet Toilettes, dont le directeur était venu parler en Conseil des élèves. Il faut avouer que, quand on siège à un tel organe, on n’imagine pas forcément que l’on s’occupera des sanitaires… « Certes », précise Valérie Grommersch, professeur de mathématiques et de sciences économiques qui accompagne les élèves du Conseil, « la situation dans les toilettes n’était pas catastrophique ». Cependant, « elle était améliorable chez les filles, et le cadre nécessitait une vraie rénovation chez les garçons », assure Frédéric Meunier, le directeur de cette école de 450 jeunes. « L’aide du Fonds BYX pouvait donner une bonne assise à ce projet, à condition d’y impliquer pédagogiquement les élèves ».

Un problème ‘gênant’

En réalité, « mettre ce sujet sur le tapis a permis de réaliser qu’il pouvait être un peu tabou ou ‘gênant’ pour certains élèves, et moins facile à aborder que l’on pouvait le croire », remarquent Valérie Grommersch et Evelyne Dawagne, professeur de sciences. Certains jeunes de l’école ont-ils eu du mal à aborder cette problématique et à considérer ses points gris ou noirs? Probablement. Néanmoins, et parfois après en avoir parlé avec le personnel d’entretien, ils ont admis qu’en effet, la situation n’était pas toujours idéale, en particulier dans les toilettes des garçons… Fort de ce constat général, le Conseil, sensibilisé et motivé, s’est mis au travail, autour d’une conviction partagée et que résume Mathilde, rhétoricienne et membre du Conseil: « Sur ce sujet, si les messages viennent des profs, ils marcheront moins bien que d’élèves à élèves. C’est donc à nous de rappeler que la propreté, c’est normal. Comme à la maison »

Sensibilisation par les pairs

C’est ainsi que les membres du Conseil (de 11 à 19 ans) ont réfléchi en 5 groupes aux idées à faire passer auprès de tous afin d’améliorer la situation. Ils ont ensuite été les présenter dans chaque classe. « De manière générale, les délégués ont eu le sentiment d’être écoutés, assure Mathilde, y compris quand ils ont abordé, comme dans ma classe, le problème des dégradations et du fait qu’il s’agissait, pour tous, de ne plus laisser faire ».

Autour du projet « Sois sympa, vise droit », déjà bien lancé, la deuxième grande action du Conseil a consisté à lancer un concours d’affiches destinées à être exposées dans les toilettes. Une vingtaine de productions ont émergé. Le Conseil de participation a choisi les vainqueurs en privilégiant les idées exprimées, quitte à retravailler un peu le visuel avec le professeur de dessin.

Quand les noms des trois gagnants ont été proclamés devant tous les élèves, Emerick, le grand vainqueur, a appris qu’il avait remporté un voyage en montgolfière, une surprise concoctée par le directeur. Des chèques cadeaux avaient aussi été prévus pour les deux autres projets sélectionnés.

 

 

En suivant les bactéries

Dans le cadre des actions de sensibilisation, Evelyne Dawagne, professeur de sciences, a abordé le sujet du lavage des mains dans les classes de 1ère et, de manière plus approfondie encore, avec les 4ème en Sciences Appliquées. « Avec eux, au départ, il s’agissait de mesurer le développement des bactéries via des boîtes de Pétri, réparties à différents endroits », raconte-t-elle. Cela leur a permis de comprendre le rôle de l’homme dans la présence des bactéries et de distinguer les bactéries pathogènes. A travers cette expérience, le thème de l’hygiène et la question du nettoyage ont pu être abordés.

Préserver les lieux

Parallèlement au concours d’affiches, dans le courant de l’année, les transformations ont bien avancé. Elles ont tenu compte des souhaits des élèves, consultés via les délégués. Chez les filles, les toilettes avaient été refaites il y a une dizaine d’années. Depuis, cet endroit spacieux avait été bien respecté. Néanmoins, quelques aménagements, comme l’installation de sèche-mains électriques, ont été très appréciés. Du côté des garçons, la tâche était plus vaste. Il s’agissait de refaire le faux plafond, le carrelage, le sol et de prévoir une ventilation. « L’investissement a été important mais cette problématique le méritait », soutient Frédéric Meunier.

Dans l’une des toilettes, une légère dégradation du nouveau faux plafond désole cependant le directeur (et l’ouvrier responsable du travail). Cela dit, ces sanitaires, extérieurs à l’école et ouverts sur la place qui borde l’Institut, peuvent facilement être abîmés par des visiteurs n’ayant aucun lien avec l’établissement… « En tout cas, promet le directeur, tout sera fait pour pérenniser ce projet ». Les chevaliers qui vivaient sur les lieux autrefois auraient probablement apprécié cette détermination…

Et patati
Et patata

Si nous respections les enfants dans les milieux où ils sont scolarisés, ils rentreraient dans des dispositions d’esprit différentes.

Délégué général aux Droits de l’Enfant