Andrimont se met à l’eau


La Court’Echelle à Andrimont est une école primaire d’enseignement spécialisé de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Au-delà de cette étiquette, c’est surtout une école pas comme les autres qui conjugue convivialité et expérimentation. Elle compte environ 200 élèves, une équipe pédagogique chaleureuse et motivée, quelques chevaux – pédagogues également – et aussi, jusqu’il y a peu, des sanitaires en piteux état. Usées par de longues années de chasses dévouées, ces faïences ancestrales ne pouvaient plus être réparées. Les fuites et les coulées perpétuelles avaient fini par faire partie du paysage. Un comble dans une région verviétoise qui place les ressources hydriques au cœur de ses préoccupations depuis de nombreuses années. Ce paradoxe n’a pas échappé au directeur Karel Vangrunderbeek et à son équipe. C’est donc tout naturellement que la thématique de l’eau et de sa préservation s’est imposée comme fil rouge, ou plutôt bleu, du projet en devenir. La Court’Echelle mène déjà de nombreuses activités en lien avec la découverte de la nature et de l’écologie : outre la place importante qu’occupe l’hippothérapie dans l’école, l’équipe travaille sur la réduction des déchets alimentaires, l’utilisation d’un compost et l’entretien d’un potager. Aborder la réflexion et la réfection des sanitaires sous l’angle de l’eau est donc un choix cohérent qui coule de source.

Larguez les amarres, le projet prend son départ

 

Dans la bonne ambiance générale, l’école se retrousse donc les manches.  En amont, Les enseignants interroge les premiers concernés. “Nous avons misé sur l’implication des enfants en réalisant une petite enquête pour leur demander ce qu’ils souhaitaient améliorer aux toilettes”, explique Patricia Dauby, puéricultrice à l’école et porteuse du projet. Identifier les principaux problèmes est essentiel pour déterminer les pistes d’amélioration. Les retours des élèves sont très concrets. Ils mettent en avant le manque de séparation entre les toilettes des garçons et celles des filles, la pénurie structurelle de savon, l’insuffisance fréquente de papier, les planches cassées ou disparues, l’absence de règlement clair et la consommation élevée d’eau. A dérouler cette liste, on comprend bien qu’il y avait du pain sur la planche.

Pas de quoi désarçonner l’équipe pédagogique, bien au contraire. En ce qui concerne les changements d’infrastructure, c’est le personnel technique de l’école qui réalise le gros des travaux. Ces bricoleurs inventifs et capables de transformer des bancs scolaires en étagères relèvent le défi : nouveaux dispenseurs de papier toilette en feuille par feuille pour éviter le gaspillage, réducteurs de lunette de WC pour s’adapter à la taille des plus jeunes élèves, distributeurs de savon liquide, distinction visuelle claire entre les toilettes des filles et celles des garçons, diffuseurs d’huiles essentielles pour garder une bonne odeur et enfin chasses à double bouton pour diminuer la consommation d’eau.Troisième étape et non des moindres, sensibiliser durablement les élèves pour maintenir ces acquis.  L’école a joué à fond cette carte avec des discussions et concertationsau sein des classes, entre équipe pédagogique et élèves. C’est ainsi que ces derniers conviennent d’un règlement balisant les comportements à adopter et ceux à éviter. Patricia Dauby précise : « un règlement, avec des pictogrammes pour nos élèves qui ne savent pas lire, est affiché et explique comment bien utiliser les toilettes. Nous avons aussi organisé un concours de mascottes sur le thème de l’eau ».  Ces magnifiques mascottes, réalisées avec des matériaux de récupération pour la plupart, permettent par exemple à une bouteille en plastique de devenir sous-marin ailleurs que dans un véritable cours d’eau.  Le point d’orgue de ce travail de fond est une grande « Journée de l’Eau » qui mobilise l’ensemble de l’école : « chaque classe a travaillé sur un thème, comme le cycle de l’eau, l’épuration, le gaspillage… et l’a présenté aux autres classes  », nous explique Patricia Dauby. Cette journée comporte également les expositions photos de la visite du parcours fontaines de la ville de Verviers et d’élèves ayant été nettoyer les berges de la Vesdre. Un spectacle conté lié à la thématique de l’eau complète finalement le programme. Cette journée est le résultat d’un long travail fait parfois dans la débrouille et pourtant toujours dans la bonne humeur et le pragmatisme, un équilibre qui définit bien le fonctionnement de la Court’Echelle.

Pour que ça suive son cours

 

Reste enfin à pérenniser à long terme ce projet. Comme nous l’explique Karel Vangrunderbeek, dans une école qui accueille des élèves ayant une problématique de type 1, 2 et 3, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. L’énergie débordante qui en découle doit parfois être quelque peu canalisée. C’est grâce à un suivi au quotidien que le projet peut tenir sur la longueur. Les élèves sont pleinement intégrés à ce besoin de maintenir un cadre qui soit agréable et tenable. Ainsi, des responsables, les « chevaliers », sont désignés chaque semaine pour veiller au grain et suivre la consommation d’eau de l’école. Cela permet de responsabiliser les élèves les plus âgés et de transmettre les règles de vie aux toilettes aux plus jeunes.

Toutes ces étapes ont permis à l’école d’aujourd’hui disposer de toilettes propres et accueillantes que tous les enfants respectent, notamment parce que ce projet a été construit avec eux. En fin de compte, avec l’assise qui le caractérise, le directeur dresse un bilan très positif de l’expérience, il se dit ravi de cette émulation et espère qu’elle créera encore davantage de vagues à l’avenir…

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Et patati
Et patata

Chez les responsables pédagogiques, c’est un sujet tabou mais chez les parents, on en parle beaucoup.

Directrice